Chronique- UNITED COLORS OF ABIDJAN
Cette chronique est écrite par CHON CRICK et est extraite du site “ATYTO.COM”
BLEU, JAUNE, MARRON …
Ce ne sont pas les couleurs d’un color block, cette manière de se vêtir qui consiste à faire cohabiter plusieurs pièces de couleurs vives ensemble, mais plutôt les teintes de peau qu’il est possible de reconnaître, d’identifier dans les rues abidjanaises.
Il s’agit de ces femmes, plus ou moins jeunes, qui ont décidé de se dépigmenter.
La dépigmentation, phénomène de mode…
Longtemps concentrée en Afrique Centrale, la décoloration de la peau est aujourd’hui omniprésente à Abidjan. Lorsque vous arpentez les rues de la capitale économique ivoirienne, que vous vous rendez dans un centre commercial ou un autre lieu public, elles sont là, ces femmes à la peau anormalement claire.
Il est impossible de faire un pas, sans les voir. C’est tellement vrai qu’on se croirait presque aux United Colors of Abidjan. Elles marchent avec fierté, vacant à leurs occupations comme si de rien n’était. Le regard des autres les indiffère.
Longtemps tabou, la dépigmentation ou le décapage est aujourd’hui une tendance, une mode qu’il convient de suivre. C’est une tendance qui est tellement forte que la plupart des familles sont touchées. Vous-même, vous connaissez certainement quelqu’un qui se dépigmente la peau dans votre entourage.
Par ailleurs, il est de coutume de penser que la plupart des hommes noirs préfèrent les peaux claires. Ils auraient un faible pour celles qui ont la peau couleur caramel.
C’est donc par souci de plaire au plus grand nombre que ces personnes se blanchiraient la peau. Se blanchir la peau pour séduire, voici donc le but premier de ces femmes.
Et c’est entré dans les mœurs, on vit comme ça avec ça !
Si bien qu’on ne dit pas se dépigmenter un mot que ne connaissent pas souvent les pratiquants eux-mêmes, mais plutôt « cirer son teint ». Il s’agit de le faire ressortir, de le faire briller de manière à ce que les autres se rendent compte qu’il y a un changement. Ce terme désigne une volonté de briller. Le cirage de teint est en quelque sorte un ascenseur social.
Le teint clair est à la mode.
Selon les normes esthétiques établies par les magazines en papier glacé et autres miroirs enchanteurs, la tendance est au métissage. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les vedettes qui font le plus souvent la une de ces magazines. Ce sont pour la plupart des personnes du spectacle telles que les chanteuses Beyoncé Knowles, Rihanna ou encore Nicki Minaj.
Ce sont des icônes de mode à la peau claire, voire métisse, que beaucoup de jeunes femmes idolâtrent au point de vouloir les copi ner dans les moindres détails.
Pour les jeunes femmes, la dépigmentation s’inscrit donc dans une volonté de ne pas passer inaperçues, de susciter la convoitise.
En ce qui concerne, les femmes d’âge mûr, les données sont quasiment identiques. Certes, les centres d’intérêt mentionnés plus haut varient, mais le problème est le même. Il faut continuer à plaire face à celles qu’on appelle communément « les petits modèles » pour qui le décapage est une seconde peau.
Le phénomène touche également les hommes, mais dans une moindre mesure.
Il n’ y a pas autant d’hommes que ça aux peaux parcheminées par ces tâches noires qui trahissent une évolution contre-nature.
La pérennité de ce phénomène provient du fait que les produits utilisés sont généralement en accès libre. Il n’ y pas de contrôle exercé sur leur commercialisation.
Il serait bon de se demander quels types de produits sont utilisés pour opérer ce changement profond cutané.
Aux conséquences néfastes
En matière de dépigmentation, il y a généralement deux types de produits qui sont évoqués : ceux à base de cortisone et ceux à base d’hydroquinone.
Nous avons mené une rapide enquête pour identifier ces produits dont il est ici question.
Il y a à peu près trois catégories de produits : les premiers sont ceux de bas gamme. Il s’agit de produits dont le prix oscille entre 600 et 1500 francs CFA, selon le lieu où on se le procure. Ce sont par exemple Edguard, GG et Maxi Light.
Selon les informations dont nous disposons, il est également possible de se procurer une fiole d’hydroquinone pure du côté de Port-Bouët II. Du moins, c’est ce que les vendeurs rapportent. Le prix est compris entre 500 et 1000 francs CFA, alors qu’au marché de Belleville, le prix est de 2000 francs CFA.
Viennent ensuite les articles de moyen de gamme. Movate et QEI+, par exemple. Leur prix varie du simple au double. Comptez entre 8000 francs CFA et 15.000 francs CFA.
Dernière catégorie, les articles haut de gamme. Ce sont notamment les injections de Quinacore qui flirtent avec la barre des 30.000 francs CFA. Elles sont directement inoculées dans le sang et leur effet est plus grand. Il s’agit d’une liste non-exhaustive de produits dits éclaircissants.
Qu’ils soient sous formes d’injections, de lotions, ils ont les mêmes effets : ils s’inscrivent de manière indélébile sur la peau de ceux qui en font usage.
La peau s’atrophie, s’affine. Pis encore, des tâches noires ornent les jointures de ceux qui y ont recourir.
Les mains, les talons sont les régions les plus touchées par ces apparitions cutanées. Elles permettent d’identifier, sans trop se tromper, les personnes qui utilisent des produits éclaircissants.
À ce propos, elles sont familièrement appelées les « bas relevés », en référence à ces deux tons qui attirent le regard. Si vous voulez, la prochaine fois que vous avez un doute sur une personne qui prétend ne pas s’éclaircir la peau, faites le test et vous verrez.
Les premiers produits provoquent une acné aggravée, mais surtout une ultra–dépendance. En effet, le corps humain secrète naturellement de la cortisone.
Or le fait de s’en administrer en grande quantité provoque à terme un manque qu’il faut combler. Un arrêt brutal peut favoriser l’apparition d’une maladie grave appelée insuffisance surrénalienne aiguë.
Quant aux seconds, ils sont utilisés à contre-courant. Ce sont les photographes qui s’en servent pour le traitement des photographies en noir et blanc.
Lorsqu’ils sont dans le sang, ils endommagent le corps humain. Ils sont à l’origine de la baisse des mélanocytes, ces cellules qui pigmentent la peau. La mélanine ne peut plus filtrer les ultraviolets. Le cancer de la peau ou mélanome n’est alors plus très loin.
Il est vrai que le corps humain est une propriété privée et qu’à partir de là, chacun peut l’utiliser comme bon lui semble.
Toutefois, il n’en demeure pas moins que la dépigmentation est une pratique à haut risque, dont les séquelles risquent de coller à la peau de ceux et celles qui y ont recours.
Source: atyto.com
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